Quelques livres sur la MARCHE à offrir où à s'offrir

Martine et Joseph KOVAC ont lu pour vous

Résumé :

Best-seller du New York Times. Lorsque sur un coup de tête, Cheryl Strayed boucle son sac à dos, elle n’a aucune idée de ce qui l’attend. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa vie est un désastre. Entre une mère trop aimée, brutalement disparue, un divorce douloureux et un lourd passé de junkie, Cheryl vacille. Pour tenir debout et affronter les fantômes de son passé, elle choisit de s’en remettre à la nature et de marcher. Elle part seule pour une randonnée de mille sept cents kilomètres sur le Chemin des crêtes du Pacifique, un parcours abrupt et sauvage de l’Ouest américain. Au fil de cette longue route, elle va surmonter douleurs et fatigue pour renouer avec elle-même et finalement trouver sa voie. Franche, dynamique et un brin déjantée, Cheryl Strayed nous entraîne grâce à ce récit humain et bouleversant sur les chemins d’une renaissance. 


Prologue :

Les arbres étaient hauts, mais je me trouvais encore plus haute qu’eux, accrochée au flanc d’une montagne du nord de la Californie. Quelques instants plus tôt, j’avais retiré mes chaussures de randonnée, et la gauche avait été propulsée dans le précipice par mon énorme sac à dos qui venait de se renverser. Elle avait dévalé le chemin caillouteux, rebondi sur un surplomb à quelques mètres en contrebas, puis disparu sous le feuillage. Impossible de la récupérer. J’avais poussé un cri incrédule. J’avais beau vivre dans la nature depuis trente-huit jours et savoir qu’il pouvait se passer n’importe quoi, le choc restait difficile à encaisser.

 

Je n’avais plus de chaussure gauche. Fini, terminé.

 

J’ai serré l’autre contre moi comme un bébé, bien que ce soit ridicule. À quoi pouvait bien servir une chaussure dépareillée ? À rien. C’était un objet inutile, une orpheline pour qui je ne pouvais éprouver aucune pitié. Une grosse bottine Raichle en cuir marron qui pesait son poids, avec ses lacets rouges et ses œillets métalliques. Je l’ai soulevée au-dessus de ma tête et lancée de toutes mes forces. Elle s’est enfoncée entre les arbres, disparaissant à tout jamais.

 

J’étais seule. Pieds nus. J’avais vingt-six ans et, moi aussi, j’étais orpheline. « Une vraie vagabonde », avait commenté un inconnu deux semaines plus tôt lorsque je m’étais présentée et lui avais expliqué à quel point j’étais seule au monde. Mon père était sorti de ma vie quand j’avais six ans. Ma mère était morte quand j’en avais vingt-deux. Après son décès, mon beau-père, que je considérais jusque-là comme mon père, s’était peu à peu transformé en un homme que je ne reconnaissais plus. Mon frère et ma sœur avaient pris leurs distances pour faire leur deuil, malgré mes efforts pour que nous restions unis. J’avais fini par renoncer et m’éloigner moi aussi.

 

Au cours des années qui avaient précédé la disparition de mes bottines dans le ravin, j’avais moi aussi dansé au bord du précipice. J’avais erré, tourné, dérivé – du Minnesota à l’Oregon en passant par New York, puis à travers tout l’ouest du pays – jusqu’à me retrouver là, sans chaussures, en cet été 1995, perdue mais les pieds sur terre.

 

Une terre que je ne connaissais pas mais qui avait toujours existé, et où le chagrin, la confusion, la peur et l’espoir avaient fini par me conduire. Une terre où je comptais devenir la femme que je voulais être, et retrouver la petite fille que j’avais été. Une bande de terre de soixante centimètres de large sur quatre mille deux cent quatre-vingts kilomètres de long.

 

Une terre qui s’appelait le Pacific Crest Trail, ou « chemin des crêtes du Pacifique ».

 

La première fois que j’en avais entendu parler, c’était sept mois plus tôt, alors que je vivais à Minneapolis. J’étais triste, désespérée, sur le point de divorcer d’un homme que j’aimais encore. Je faisais la queue à la caisse d’un magasin de matériel de camping pour acheter une pelle pliante ; j’avais attrapé un livre intitulé The Pacific Crest Trail, Volume I : California sur une étagère et jeté un coup d’œil à la quatrième de couverture. Le PCT était apparemment un sentier de grande randonnée qui s’étendait sans interruption de la frontière mexicaine à la frontière canadienne, en longeant neuf chaînes de montagnes : la sierra de la Laguna, les monts San Jacinto, les montagnes de San Bernardino, les monts San Gabriel, les monts Liebre, les monts Tehachapi, la Sierra Nevada, les monts Klamath et la chaîne des Cascades. À vol d’oiseau, cela ne représentait que mille six cents kilomètres, mais les détours du chemin rallongeaient considérablement la distance. Le PCT sillonnait l’intégralité des États de la Californie, de l’Oregon et de Washington, à travers des parcs naturels, des réserves protégées, des terrains fédéraux, tribaux ou privés, des déserts, des montagnes, des forêts, des fleuves et des routes nationales. J’avais retourné le livre pour observer la photo de couverture – un lac parsemé de rochers et entouré de sommets acérés sur fond de ciel bleu – avant de le reposer sur son étagère et de régler mon achat.

 

Mais, quelque temps plus tard, j’étais retournée chercher ce guide. À ce stade, le Pacific Crest Trail n’avait pas encore de réelle existence pour moi. Ce n’était qu’une vague idée un peu exotique, pleine de mystère et de promesses. Lorsque je suivais son tracé en dents de scie du bout du doigt sur la carte, je sentais monter quelque chose en moi.

 

J’avais pris la décision de faire cette randonnée – ou, du moins, d’aller aussi loin que je le pourrais en cent jours. Séparée de mon mari, je vivais seule dans un appartement de Minneapolis, je bossais comme serveuse et j’étais plus déprimée et perdue que jamais. Chaque matin, j’avais l’impression de regarder le ciel depuis le fond d’un puits. Alors, j’avais décidé d’en sortir pour devenir une randonneuse en solo. Après tout, pourquoi pas ? J’avais déjà incarné tant de rôles à première vue incompatibles. Épouse aimante, puis adultère. Fille chérie qui passait désormais ses vacances seule. Perfectionniste ambitieuse et écrivain en herbe qui enchaînait les petits boulots alimentaires tout en abusant de la drogue et des amants d’un soir. J’étais la petite-fille d’un mineur de charbon de Pennsylvanie et la fille d’un ouvrier en métallurgie reconverti dans le commercial. Après la séparation de mes parents, j’avais vécu avec ma mère, mon frère et ma sœur dans des immeubles peuplés de mères célibataires et de leurs enfants. Pendant mon adolescence, nous nous étions installés en pleine forêt dans le nord du Minnesota, pour un retour à la terre dans une maison sans toilettes, ni électricité et eau courante. Malgré tout cela, j’étais devenue pom-pom girl et reine du lycée, avant de partir à la fac et de me transformer en militante féministe de gauche.

 

Mais une femme qui marche seule en pleine nature sur près de deux mille kilomètres, c’était un rôle que je n’avais encore jamais essayé. Alors pourquoi pas : je n’avais rien à perdre.

 

Ce jour-là, alors que je me tenais pieds nus sur cette montagne californienne, la décision complètement inconsciente de me lancer dans une longue randonnée sur le PCT pour m’en sortir me semblait remonter à des années, appartenir à une autre vie. À l’époque, je croyais que tout ce que j’avais vécu jusque-là m’avait préparée à ce voyage. En réalité, rien ne pouvait m’y préparer. Chaque jour sur le chemin était la seule préparation possible à celui qui suivrait. Et, parfois, cela ne suffisait même pas.

 

Comme lorsque j’ai assisté à la chute définitive de mes chaussures dans un ravin.

 

Au fond de moi, je n’étais pas mécontente de les voir disparaître. Depuis six semaines que je les avais aux pieds, j’avais parcouru des pistes désertiques, marché dans la neige, croisé des arbres, des buissons, des herbes, des fleurs de toutes les tailles et de toutes les couleurs, monté et descendu des montagnes, traversé des champs, des clairières et d’autres terrains dont je serais bien incapable de parler, hormis pour dire que j’y étais passée, que je l’avais fait, que j’avais réussi. Et, pendant tout ce temps, elles m’avaient causé d’énormes ampoules et mis les pieds à vif ; mes ongles avaient noirci et quatre d’entre eux s’étaient détachés dans d’atroces souffrances. Quand j’ai perdu mes chaussures, j’en avais fini avec elles et elles en avaient fini avec moi, en dépit de l’affection que j’éprouvais pour elles. D’objets inanimés, elles étaient devenues des extensions de ma personne, comme à peu près tout ce que je transportais cet été-là – mon sac à dos, ma tente, mon sac de couchage, mon purificateur d’eau et le petit sifflet orange qui me tenait lieu d’arme. Je connaissais chacune de ces choses par cœur et je savais que je pouvais compter sur elles pour aller jusqu’au bout.

 

J’ai baissé les yeux vers les arbres dont le sommet s’agitait doucement dans la brise. « Qu’ils gardent mes chaussures ! », ai-je songé, le regard plongé dans l’immensité verte. C’était à cause de la vue que je m’étais arrêtée là. On était en fin d’après-midi, au milieu du mois de juillet, et je me trouvais à des kilomètres de la moindre trace de civilisation, à plusieurs jours de marche du bureau de poste solitaire où m’attendait mon prochain colis de réapprovisionnement. Certes, quelqu’un pouvait me dépasser sur le chemin, mais cela arrivait très rarement. Il s’écoulait généralement des jours sans que je voie personne. De toute façon, cela importait peu. Je devrais me débrouiller par mes propres moyens.

 

J’ai contemplé mes pieds nus et abîmés, avec leurs quelques ongles restants. Ils étaient d’un blanc maladif jusqu’à quelques centimètres au-dessus de la cheville, là où s’arrêtaient mes chaussettes de laine. Mes mollets étaient musclés, bronzés et poilus, couverts de crasse et d’une constellation de bleus et d’égratignures. J’avais commencé ma randonnée dans le désert des Mojaves et n’avais pas l’intention de m’arrêter avant d’avoir posé la main sur le pont qui enjambe le fleuve Columbia à la frontière entre l’Oregon et l’État de Washington, celui qu’on appelle pompeusement le pont des Dieux.

 

J’ai regardé vers le nord, dans sa direction – la seule pensée de ce pont me guidait comme un phare. J’ai regardé vers le sud, d’où je venais, vers l’étendue sauvage qui m’avait formée et endurcie. J’ai réfléchi aux différentes possibilités qui s’offraient à moi. Je savais qu’il n’y en avait qu’une seule d’envisageable. Comme toujours.

 

Continuer à marcher.


Après la faillite de son entreprise d'enseignes lumineuses, Jean Béliveau est parti sur un coup de tête. le jour de ses quarante-cinq ans, le 18 août 2000, de Montréal. Il est rentré chez lui le 16 octobre 2011 après avoir parcouru 75 543 km à travers 64 pays. Il a réussi sans préparation à effectuer la plus longue marche ininterrompue autour du monde et celle-ci a été reconnue par l'Unesco dans le cadre de la décennie internationale dédiée à la paix pour les enfants. Durant ces onze années, le marcheur porte turban et grande barbe au Soudan, mange des insectes en Afrique, du chien en Corée et du serpent en Chine. Il dort sous les ponts, dans des foyers pour sans-abri, voire dans des prisons, mais la plupart du temps chez des gens séduits par son aventure. Ce livre dévoile la belle histoire d'un homme qui a transformé sa vie en une véritable odyssée. Ses nombreux fans ont pu le suivre sur le site Internet que sa compagne Luce a animé pour le soutenir et pourront simultanément le découvrir sur le marché européen. D'autres traductions internationales sont aussi sur la table. Son périple a fait l'objet d'un documentaire, Des ailes aux talons. Depuis son retour, Jean Béliveau donne des conférences et rencontre les jeunes dans les écoles. Il est aussi ambassadeur de Trottibus, un projet de la Société canadienne du cancer.



Des pèlerinages aux randonnées, des drailles transhumantes aux manifestations politiques, il n’y aura guère eu d’interruption dans la pratique de la marche. La circulation pédestre fait l’homme. Elle est une activité constitutive de l’être humain.Pour en faire l’histoire, Antoine de Baecque part à la rencontre de toutes les formes de marche, et des hommes qui les pratiquent : les peuples et les métiers dont l’identité même semble nomade et pédestre, des Lapons aux Sioux, des colporteurs aux bergers ; les pèlerins, selon toutes les traditions, ceux qui remontent aux sources du Gange ou empruntent le Tôkaidô, comme les marcheurs de Compostelle et de La Mecque. Et si la marche a quasiment perdu ses professionnels, elle a inventé ses praticiens du week-end, ses usagers du temps libre, les randonneurs. Mais l’on chemine aussi en ville, depuis l’apparition des promenades urbaines du xviie jusqu’aux « manifs » les plus récentes. Qu’elle permette de mieux vivre, de survivre ou qu’elle soit le support incarné de revendications, la marche a une histoire. Antoine de Baecque, nourri aux sources les plus diverses, déploie ses talents d’historien et de conteur pour offrir un livre profondément original et vivant.



Si vous faites partie de la moyenne de la population, vous passez au moins les deux tiers de votre temps assis ou couché. Pourtant, votre corps a besoin que vous le mobilisiez chaque jour, et les contractions que le mouvement entraîne s’avèrent un remède à plusieurs maux.

Dans ce livre au ton un brin irrévérencieux, le physiothérapeute Denis Fortier met en lumière les effets pervers et méconnus de la sédentarité et du manque d’activité physique en s’appuyant sur les plus récentes données scientifiques. On y apprend entre autres que…

• la position assise prolongée est associée à des problèmes graves, comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains cancers ;

• le nombre de pas effectués dans une journée a un impact important sur la santé ;

• les trois objets apparemment inoffensifs que sont la chaise, l’écran et la voiture pourraient en fait se révéler nos pires ennemis.

Vous trouverez également des conseils et des solutions faciles à mettre en pratique, des façons étonnantes d’utiliser la marche pour rester en santé et des moyens efficaces pour soutenir votre motivation et retrouver le plaisir de bouger.



Pendant vingt-cinq jours, dans la pluie, le vent et le froid, en l’absence de tout sentier, François Garde et ses compagnons ont réalisé la traversée intégrale de Kerguelen à pied en autonomie totale. 

Une aventure unique, tant sont rares les expéditions menées sur cette île déserte du sud de l’océan Indien aux confins des quarantièmes rugissants, une des plus inaccessibles du globe. Cette marche au milieu de paysages sublimes et inviolés, à laquelle l’auteur avait longtemps rêvé, l’a confronté quotidiennement à ses propres limites. Mais le poids du sac, les difficultés du terrain et du climat, les contraintes de l’itinérance, l’impossibilité de faire demi-tour n’empêchent pas l'esprit de vagabonder. 

Au fil des étapes, dans les traversées de rivières, au long des plages de sable noir, lors des bivouacs ou au passage des cols, le pas du marcheur entre en résonance avec le silence et le mystère de cette île et interroge le sens même de cette aventure.

 

 



 

 « Marcher de nos jours, et surtout de nos jours, ce n’est pas revenir aux temps néolithiques, mais bien plutôt être prophète », écrivait Jacques Lacarrière. Revisitant une réflexion menée il y a une dizaine d’années, David Le Breton constate que le statut de marcheur a beaucoup changé. Aujourd’hui la marche s’impose comme une activité de loisir. L’imaginaire contemporain se réfère plutôt à l’idée de disponibilité et à la nécessité pratique d’entretenir son corps. L’auteur refonde ici son récit dans les témoignages et les philosophies de la marche, il redit avec bonheur que marcher est avant tout un long voyage à ciel ouvert dans le plein vent du monde et dans la disponibilité à ce qui advient, que tout chemin est enfoui en soi avant de se décliner sous nos pas et que la marche ouvre à chaque fois à une expérience et à une transformation heureuse de soi.



 La marche peut devenir méditation active. Et nous qui courons sans cesse, noyés dans nos pensées, nous pourrions retrouver le sens perdu de nos déambulations en apprenant à les rendre conscientes. Depuis la plus haute Antiquité, en effet, il existe une vraie réflexion sur la marche comme exercice de ressourcement. 

Comme dans la méditation immobile, l'attention aux processus respiratoires et aux va-et-vient mentaux s'avère essentielle pour connaître l'état de clarté intérieure qui nous amène à ne faire plus qu'un avec la réalité. " L'esprit du paysage et mon esprit se sont concentrés et, par là, transformés de sorte que le paysage est bien en moi ", disait le peintre chinois Shi Tao. Fort de l'expérience des poètes errants et méditants de tous les temps et de tous lieux, ce livre nous entraîne dans une philosophie de la marche accompagnée d'une véritable psychologie de la méditation en Orient et en Occident. Marcher, méditer, une carte pour l'être.



Jean-Christophe Rufin a suivi à pied, sur plus de huit cents kilomètres, le "Chemin du Nord" jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle. Beaucoup moins fréquenté que la voie habituelle des pèlerins, cet itinéraire longe les côtes basques et cantabrique puis traverse les montagnes sauvages des Asturies et de Galice. "Chaque fois que l'on m'a posé la question : "Pourquoi êtes-vous allé à Santiago ?", j'ai été bien en peine de répondre. Comment expliquer à ceux qui ne l'ont pas vécu que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s'y engager ? On est parti, voilà tout." Galerie de portraits savoureux, divertissement philosophique sur le ton de Diderot, exercice d'autodérision plein d'humour et d'émerveillement, Immortelle randonnée se classe parmi les grands récits de voyages littéraires.